Jessica Harnois : « Même les savants du milieu ne connaissent pas les vins québécois »

cropped-ach003556238-1414468574-580x580.jpgJessica Harnois, sommelière et André Caron, spécialiste de l’industrie vitivinicole québécoise ont sélectionné les 125 meilleures bouteilles parmi 745 produits de la province, afin de réaliser le premier guide de Vins et   fromages du Québec (Editions Québec Amérique). Malgré une quantité non négligeable, cette production reste méconnue à l’internationale, même auprès des professionnels. Un constat qui a attisé la curiosité de Jessica Harnois pour initier ce projet. Elle raconte :

Les vins québécois : toujours aussi impopulaires dans le milieu de la restauration

Malgré le bon vouloir et les partenariats entre les vignobles et les restaurants, les consommateurs ne sont toujours pas au rendez-vous dans la plupart des restaurants de Québec, et ce malgré le prix moindre comparativement aux autres bouteilles. Mis à part sur l’Île d’Orléans, les restaurateurs contactés vendent moins de cinq bouteilles par mois.

Anne-Julie Têtu

Vanessa Tanguay, qui s’occupe des ventes et du développement au restaurant Espace MC Chef situé dans le Vieux-Port de Québec, est catégorique : « même si les vins du Québec sont moins chers que la plupart de nos autres bouteilles, elles ne se vendent pas plus. Les consommateurs sont réticents à essayer les vins d’ici. » Lorsque les clients tentent le coup, leurs réactions sont mitigées. Certains sont agréablement surpris et d’autres pas.

Pour sa part, Mélissa Boily, gérante du restaurant Chic alors, avait choisi de mettre un vin de la ville de Neuville comme promotion du mois puisqu’elle trouvait intéressant de placer un produit du terroir à la disposition des clients. Malgré le fait que plusieurs de ses clients étaient réticents à essayer un produit qu’ils ne connaissaient pas, elle affirme vouloir retenter l’expérience si jamais un vigneron lui suggère un vin correspondant au goût de sa clientèle.

cheese and two glasses of wine

« Malgré le fait que les vins québécois se vendent très mal dans les restaurants de la capitale nationale, les consommateurs de la ville de Québec sont beaucoup plus réceptifs à gouter les vins québécois comparativement à ceux de Montréal. Le marché de la métropole est plus grand et plus étendu ce qui fait en sorte que le discours passe encore moins bien. » Affirme le vice-président de l’Association des vignerons du Québec.

Du côté des vignobles de la région, on indique qu’il est très difficile de percer le marché de la restauration et une fois que c’est fait, ils peuvent rencontrer une autre sorte d’embuche; les mauvaises récoltes! Les vignerons du Québec n’ont pas toujours la météo de leur côté afin de subvenir aux besoins de la restauration. Sans production abondante, ils ne peuvent approcher les restaurants pour leur proposer leurs bouteilles.

Lise Roy, copropriétaire d’un vignoble sur l’Île d’Orléans, croit que les faibles ventes de vin québécois dans la région est attribuable au fait qu’il est beaucoup plus payant pour les restaurateurs de vendre des vins français, italiens, portugais et autres puisqu’ils sont d’abord plus connus et aimés, mais au-delà de la popularité on retrouve également les commissions sur leurs ventes données par de grosses agences.

Quand les propriétaires de vignoble québécois approchent les restaurants pour y placer leurs vins, l’accueil n’est pas toujours positif. Les restaurateurs sont souvent réticents à l’idée de mettre des vins québécois sur leurs cartes en raison de la mauvaise réputation de ceux-ci. Lise Roy explique : « les restaurateurs n’ont pas confiance en la qualité de nos vins et pourtant, deux des vins de mon vignoble ont gagné des prix prestigieux lors de la compétition des grands vins du Québec. »

La copropriétaire du vignoble Isle de Bacchus ajoute : « Pour que les vins québécois se vendent plus, un effort supplémentaire de vente serait requis de la part des propriétaires, des sommeliers et des serveurs. S’ils croient aux produits et en leur qualité et s’ils en parlent à leurs clients, ils en vendront. En ce moment, les vins du Québec sont sur la carte des vins, mais personne n’en fait la promotion. Il est normal de ne pas en vendre beaucoup. »

Si dans la plupart des restaurants du Québec, les vins québécois n’ont pas la cote sur l’Île d’Orléans, c’est bien différent. Tous les restaurants de l’ile vendent des produits locaux et les consommateurs sont au rendez-vous. On explique l’engouement par le fait que les touristes ont le désir d’essayer de nouvelles choses et en particulier ce qui se fait directement sur place. Au restaurant Les Ancêtres et Le Moulin de St-Laurent, on y vend plusieurs caisses par mois. Une caisse de vin équivaut à 12 bouteilles.

Lise Roy compare le travail à faire pour faire connaitre les vins d’ici à celui qu’ont fait les fromageries du Québec : « au départ, il était difficile de vendre les fromages fins d’ici et maintenant ils sont reconnus et aimés partout au Québec. »

Les fromages fins du Québec dans le milieu de la restauration: dans les menus, mais pas dans les recettes

 Anne-Julie Têtu

Les fromages fins artisanaux sont plus connus que jamais, mais leurs prix élevé déchantent les restaurateurs. Crédit photo: Produits laitiers

Les restaurateurs utilisent les fromages fins du Québec dans leurs emplacements, mais le milieu de la restauration est très difficile. Les entreprises doivent continuellement faire des compressions dans leurs achats ce qui pénalise directement les fromages fins des artisans. Les fromages artisanaux sont beaucoup plus coûteux que ceux faits en usine, c’est donc pour cette raison que les restaurants choisissent l’option la moins couteuse. Les fromages fins sont utilisés plus souvent pour des plateaux de fromages qu’intégrés aux recettes. Néanmoins, depuis plusieurs années, il y a beaucoup plus de publicité et de conscientisation faites par le gouvernement et les organismes qui prônent l’achat de produits locaux. Bien sûr, l’intérêt pour les fromages artisanaux québécois varie d’un chef à l’autre et d’un restaurant à l’autre.